J'ai eu l'occasion d'observer trois bineuses, chacune répondant à un besoin spécifique.Contexte de la ferme
Damien Nicolas s'est installé dans les années 2000 à Égalayes, dans la Drôme, sur une exploitation familiale d'environ 20 hectares, qu'il gère aujourd'hui avec ses deux fils. Initialement orientée vers l'élevage laitier, la ferme a progressivement évolué vers la culture de lavande et de lavandin, notamment pour des raisons économiques.
La production est conduite en agriculture conventionnelle, avec un à deux passages annuels de produits de rattrapage lorsque cela est nécessaire. L'exploitation présente une importante diversité de situations topographiques, avec des altitudes variant d'environ 750 m à 5 m. La lavande fine est principalement cultivée dans les secteurs les plus élevés, tandis que le lavandin est implanté dans les zones plus basses. Les productions sont valorisées sous forme de sachets et commercialisées auprès d'un grossiste.
Les parcelles sont hétérogènes, avec des sols majoritairement argilo-caillouteux, du relief et des secteurs en pente. Afin de limiter l'érosion des sols, des engrais verts sont implantés dans les inter-rangs depuis environ cinq ans. Les lavandes sont plantées à 50 cm d'écartement sur le rang, avec des inter-rangs de 1,60 m.
L'auto-construction occupe une place importante dans l'histoire de l'exploitation et se transmet de génération en génération. Elle permet à la famille de réduire les coûts d'investissement, mais aussi de concevoir des outils adaptés à ses propres besoins et à ses conditions de travail. Certaines machines ainsi fabriquées répondent à des besoins très spécifiques et n'auraient pas nécessairement pu être trouvées dans le commerce.
Bineuse à lames coulissantes
Problème rencontré
Au départ, Damien utilisait des lames Bathelier pour scalper les couverts végétaux au plus près des rangs de lavandin. Cependant, l'inclinaison des lames avait tendance à ramener les plantules d'adventices au pied des plants. En conditions humides, ces plantules pouvaient reprendre racine et se développer à nouveau. Une fois installées au contact du lavandin, elles devenaient difficiles à éliminer sans risquer d'endommager la culture.
Solution mise en place (outil)
Pour remédier à ce problème, Damien et ses fils ont adapté le principe des lames Bateliers pour éviter cet effet.
Les lames ne sont plus inclinées mais droites, et montées sur un système coulissant actionné par vérin. Elles se déplacent latéralement pour passer au plus près de chaque plant.
Ce fonctionnement permet d’éjecter les adventices sur le côté, au lieu de les ramener au pied du lavandin. L’outil est surtout utilisé sur les jeunes plantations (3 à 4 premières années).
Principe de fonctionnement
Les lames travaillent en scalpage et sectionnent les racines des adventices. Contrairement aux Bateliers classiques, elles ne s’écartent pas mais se déplacent ensemble de gauche à droite entre les plants.
Des « moustaches » servent de repère visuel pour la profondeur et participent à l’émiettement des mottes.
Caractéristiques
- Lames issues de récupération de charrue
- Réservoir d’huile provenant d’une ensileuse
- Cuve hydraulique : 20 à 30 L (fonctionnement possible avec 15 L)
Temps de fabrication : 1 semaine
Vitesse de travail : jusqu’à 3 km/h (nécessite de la précision)
Puissance nécessaire : environ 30 chevaux
Retours
Plusieurs évolutions ont été apportées :
- Ajout d’un circuit hydraulique autonome (cuve + commande), permettant de dissocier le fonctionnement de l’outil du relevage du tracteur
- Renforcement du pied des lames (essieux de charrette) suite à des déformations en conditions caillouteuses
Points de vigilance
- Pas de roue de jauge : la hauteur dépend du relevage du tracteur. Une bonne communication avec le conducteur est nécessaire pour ajuster le relevage.
- Manque de puissance du vérin hydraulique : une pression plus élevée améliorerait le temps de réponse des lames.
- Manque de sécurité : les flexibles sont proche de la main
Fabien a également autoconstruit une seconde machine pour répondre à la même problématique : rester centré sur le rang.
Solution mise en place
Pour corriger ce problème, l'agriculteur a autoconstruit une interface de déport latéral montée entre le tracteur et le griffon. Commandée par un vérin hydraulique, elle permet de déplacer l'ensemble de l'outil sans modifier la trajectoire du tracteur. Une caméra placée à l'arrière remplace le contrôle visuel direct et facilite le centrage depuis la cabine.
Principe de fonctionnement
Le griffon est fixé sur une interface mobile actionnée par un vérin hydraulique. Depuis la cabine, l'opérateur décale latéralement l'outil afin de rester centré sur la ligne de plantation. La caméra affiche la ligne de plantation sur un écran en cabine, facilitant le guidage sans avoir à se retourner.
Caractéristiques
- Déport latéral hydraulique.
- Caméra avec écran en cabine.
- Longueur totale : environ 1,30 m.
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Points de vigilance
La barre support manque de rigidité et a tendance à se déformer. Une section de 5 cm au lieu de 4 cm serait préférable.
Bineuse avec lames Bathelier
Bineuse avec lames Bathelier
Cette bineuse a été construite par le cousin de Damien. Elle est équipée de lames Bathelier pilotées par un système hydraulique autonome. Les mouvements des lames sont commandés à l'aide d'un joystick par un opérateur, ce qui permet de les déplacer avec précision au plus près du rang de culture.