Réduire le travail du sol pour préserver les lavandes : retour d’expérience de Laurent Bouvin à Valensole

Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales
Clara.d
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Réduire le travail du sol pour préserver les lavandes : retour d’expérience de Laurent Bouvin à Valensole

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Contexte de la ferme :
Laurent Bouvin est installé depuis 30 ans à Valensol (Alpes de Haute Provence) sur une ferme de 100 ha avec 55 ha de lavandin et lavandes, des céréales et oliviers. Après une formation en écologie et en agronomie, il reprend la ferme de ses beaux-parents, qui ne trouvait pas de repreneur dans la famille. Séduit par le travail en extérieur et les possibilités d’expérimentation qu’offre l’agriculture, il fait le choix de s’installer plutôt que de poursuivre dans le conseil en environnement.
L’exploitation de Laurent, située sur le plateau de Valensole, présente une grande diversité de situations : parcelles en fond de vallon, cultures en hauteur et sols aux caractéristiques variées. Les terrains sont globalement hétérogènes, avec une dominante de sols argilo-caillouteux sur les zones les plus planes.
La ferme s’inscrit dans une filière locale structurée autour d’une petite distillerie coopérative, à laquelle une poignée de producteurs adhèrent. La lavande et le lavandin sont transformés en huile essentielle avant d’être commercialisés. Laurent a
Depuis sa reprise de l’exploitation, Laurent a expérimenté différentes stratégies de gestion des parcelles. Après son passage en bio en 2006, il ne fertilise plus ses cultures. Il a d’abord réalisé un désherbage mécanique avant de se tourner vers l’agriculture de conservation après un dépérissement de ses cultures.
Itinéraire technique du désherbage après le passage en bio
Après son passage en bio, il a d’abord expérimenté un itinéraire technique particulier avec trois machines pour éviter l’enherbement inter-rang.
D’abord une bineuse modifiée, puis un vibroculteur avec des lames Bathelier et enfin une herse étrille 2 rangs. Les outils passaient chacun une semaine après l’autre.

Présentation des outils


Photo : Laurent Bouvin
Photo : Laurent Bouvin
Déchaumeur avec détail sur soc.png (725.45 Kio) Consulté 19 fois
Photo : Laurent Bouvin
Photo : Laurent Bouvin
Différentes vues du déchaumeur.png (954.88 Kio) Consulté 19 fois

Avantages du déchaumeur
  • Vitesse de passage élevée (environ 12 km/h), permettant de travailler rapidement et de réduire le nombre de passages
  • Contrôle précis de la profondeur, la bineuse étant portée et stabilisée sur les rouleaux
  • Travail superficiel du sol, limitant les perturbations de la structure
  • Bon effet d’auto-nettoyage : absence de bourrage des roues en conditions normales
  • Largeur de travail de 4,70 m, offrant un bon débit de chantier
Photo : Laurent Bouvin
Photo : Laurent Bouvin
Vibroculteur avec en bleu transparent les lames Bathelier.png (876.38 Kio) Consulté 19 fois

Avantages du vibroculteur
Les lames Bathelier placées de cette manière permettent d’avoir un meilleur recouvrement de désherbage que si elles étaient placées face à face.

Retour d’expérience du surbinage
En 2010-2012, 35ha de lavandes dépérissent. Laurent se retrouve à 3 ha en l’espace de 2 ans. Pour Laurent c’est le sur-binage qui a détruit ses plantations. Selon lui, cela entraîne un affinage excessif du sol, favorisant son érosion et son appauvrissement. Il observe également que les parcelles en sol nu présentent des températures nettement plus élevées que les zones enherbées (jusqu’à 20°C de plus sous terre, 50°C pour les racines).

D'après ses observations, ces conditions peuvent générer un stress pour les cultures. Laurent fait l'hypothèse que ce stress fragilise les plantes et favorise ensuite l'installation de ravageurs tels que la cicadelle, vectrice du phytoplasme du stolbur. Pour lui, le dépérissement observé résulte avant tout d'un affaiblissement des plantes lié aux pratiques de gestion du sol.
Ce constat conduit progressivement Laurent à remettre en question l’ensemble de son itinéraire technique et économique, en cherchant à limiter les interventions et à sécuriser la pérennité des plantations.

Solution mise en place
Dans ce système, Laurent souligne que l’équilibre économique repose avant tout sur la maîtrise des charges plutôt que sur la recherche d’un rendement maximal.
Le rendement c'est pas notre but, c'est la marge 
L’exploitation fonctionne avec un niveau d’intrants limité : absence de fertilisation, réduction du nombre d’interventions mécaniques, et valorisation de couverts spontanés plutôt que de couverts implantés à partir de semences achetées. Ces choix, associés à une gestion visant à prolonger la durée de vie des plantations, permettent de maintenir des charges de production très faibles.

Les niveaux de production observés se situent autour de 70 à 80 kg/ha de lavande sèche, soit en dessous de la référence locale évoquée par l’exploitant (environ 200 kg/ha). Pour autant, Laurent estime que la viabilité de son système repose davantage sur la limitation des coûts et l’absence d’endettement que sur la maximisation du rendement à l’hectare.

Il insiste également sur un second facteur déterminant : la durée de vie des plantations. Alors que certaines exploitations confrontées au dépérissement doivent renouveler leurs parcelles tous les 5 à 7 ans, ses plantations peuvent rester productives sur des durées plus longues, de l’ordre de 13 à 15 ans, ce qui contribue directement à l’amortissement du système.

La conception de la Binofaca

Laurent s’intéressait déjà aux techniques culturales simplifiées avant cet épisode de dépérissement massif. Cet événement a finalement constitué un nouveau point de départ qui l’a conduit à mettre en place des couverts végétaux. En 2011, il acquiert un semoir de semis direct, puis en 2013 un Rolofaca auprès de l’entreprise Gerber H&M. Après de nombreuses recherches pour obtenir des socs aussi plats que possible, optimiser le balancement des ailes Batelier et permettre aux rouleaux de suivre au mieux les irrégularités du terrain, il parvient à concevoir sa propre machine, dont la version aboutie voit le jour en 2016.

Photo : Laurent Bouvin
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Photo Binofaca en action.png (951.58 Kio) Consulté 19 fois

Principe de fonctionnement
La Binofaca repose sur l'association de lames Bathelier et de rouleaux faca. Elle intervient du 15 avril au 15 juin, après Laurent laisse la végétation s’installer spontanément.
  • Les lames assurent un travail superficiel du sol, à deux cm de profondeur maximum, en sectionnant les adventices sur le rang tout en limitant fortement le brassage de terre.
  • Les rouleaux faca travaillent entre les rangs et viennent blesser les adventis en mettant du poids dessus.
Photo : Laurent Bouvin
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Description Binofaca.png (1.31 Mio) Consulté 19 fois

Caractéristiques
  • Coût : 3500 € les rouleaux faca, 3000 € de ferraille : 6500€ en tout
  • Temps de fabrication : 2 ans sans compter la conception
  • Puissance nécessaire : 120 chevaux
Châssis
  • Poids : 1, 6 tonnes.
  • Largeur : 4,70 mètre de long.
  • Repliage type portefeuille qui permet de positionner les dents en position haute, au-dessus du châssis, plutôt que sur les côtés. Cette configuration limite les accrochages dans la végétation et les branches lors des déplacements ou des manœuvres. Ce repliage est rendu possible grâce à un vérin hydraulique relié à un système de renvoi en triangle.
  • Articulations qui permettent de s’adapter aux variabilités du terrain.
  • Absence de roues de jauge : les rouleaux faca assurent directement le portage de l'outil et le contrôle de la profondeur de travail.
Photo : Laurent Bouvin
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Binofaca repliée.png (626.81 Kio) Consulté 19 fois

Rouleaux faca
  • Fixés sur un système pivotant permettant de suivre la pente du terrain.
  • 300 kg chacun
  • Lestage au béton.
  • Palettes de 10cm de long x 5cm de haut
Travail du sol :
  • Socs de vibroculteur très étroits (30 à 35 mm), afin de réduire au maximum la largeur de métal pénétrant dans le sol, « comme un bateau brise-glace».
  • Les ailerons fixes préparent le travail du sol en amont des lames Bâthelier. Ils participent au sectionnement des adventices tout en limitant l'usure et la sollicitation des lames oscillantes.
  • Les lames Bâthelier réalisent un mouvement oscillant ("balancier") dont l'amplitude a fait l'objet de nombreux essais. Laurent a cherché à obtenir le meilleur compromis entre efficacité de sectionnement des adventices et préservation des cultures.
Photo : Laurent Bouvin
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Description outils travail du sol.png (1.65 Mio) Consulté 19 fois

Retours
La photographie prise après intervention montre les deux actions complémentaires de l'outil. Entre les rangs, la végétation est nettement couchée par le passage des rouleaux faca, qui forment un mulch végétal au sol. Sur le rang, le travail des lames Bathelier apparaît efficace : la majorité des adventices ont été sectionnées et seules quelques jeunes plantules subsistent. L'outil permet ainsi de combiner la gestion de l'enherbement sur le rang avec le maintien d'une couverture végétale entre les rangs.

Photo : Laurent Bouvin
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Résultats sur les couverts végétaux.png (748.47 Kio) Consulté 19 fois


Points de vigilance
Le support des lames Bathelier a tendance à se déformer lors des chocs répétés avec les cailloux, ce qui peut perturber la bonne mobilité et le pivotement des lames.

Photo : Laurent Bouvin
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Support des lames.png (1.39 Mio) Consulté 19 fois

Concernant le rouleau faca, les palettes (couteaux) pourraient être allongées jusqu’à environ 20 cm, contre 10 cm actuellement, afin d’améliorer l’efficacité du travail de couchage de la végétation.
Par ailleurs, des blocages de pierres entre le rouleau et son support sont régulièrement observés. Ces accumulations fragilisent la structure et suggèrent qu’un dégagement plus important serait à prévoir pour une utilisation sur sols caillouteux.
Enfin, les lames Bathelier ainsi que les ailerons constituent des pièces d’usure. Celles-ci sont régulièrement rechargées par soudure à l’électrode afin de prolonger leur durée de vie.

Photo : Laurent Bouvin
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Faiblesses des rouleaux.png (858.99 Kio) Consulté 19 fois

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